Les biens et services
• La révolution agricole et industrielle qui se met en place en Europe à la fin du xviie siècle et au cours du xixe siècle,
favorise un essor de la production agricole et industrielle et une
progression de la population. L'urbanisation progresse également. Les
populations migrent massivement vers le reste du monde et les colonies.
Au xixe siècle,
le Royaume-Uni constitue le plus grand pays pratiquant le commerce au
monde. Son économie repose sur le charbon et les produits bruts
représentant les deux tiers du commerce mondial. Dès le début du xxe siècle, les flux économiques de biens, services et capitaux s'intensifient entre les États.
•
Les États-Unis produisent déjà autant que les principales puissances
européennes réunies (Grande-Bretagne, France, Allemagne). Les
exportations de marchandises sont multipliées par 4 en volume dans le
dernier quart du xixe siècle.
Les taux d'ouverture progressent, et une part de plus en plus grande de
la production nationale est exportée, essentiellement entre pays riches.
L'Europe représente 42 % du PNB
mondial en 1910 et les pays neufs, dont les États-Unis, 25 % alors que
leur population réunie ne représente que le tiers de la population
mondiale.
• L'intensification des échanges s'est appuyée sur les relations coloniales dans une division internationale du travail (DIT)
dite classique (les colonies fournissant les matières premières, les
métropoles transformant celles-ci en produits industriels finis). Les
flux d'échanges augmentent ainsi plus vite que la production, renforcés
par une amélioration des moyens de transport (chemin de fer, voie
maritime). Les inégalités demeurent importantes entre les pays et se
creusent avec cette intensification des échanges.
• Le reste du monde (hors Europe et pays neufs) qui représentait 58 % du PIB
mondial en 1860 n'en représente plus 33 % 50 ans après. Au niveau des
mouvements de capitaux, l'Europe représente 90 % des capitaux investis
dans le monde dont 42 % pour le Royaume-Uni, 20 % pour la France et 13 %
pour l'Allemagne.
• Après la Première
Guerre mondiale puis la crise des années 1930, le processus
d'internationalisation des échanges va brusquement s'arrêter. On assiste
au contraire à une intensification des politiques protectionnistes dans
les années 1930 qui renforceront l'atonie de l'économie et qui
accentueront les divergences entre États. L'après-guerre et les 60 années qui suivront verront au contraire une intensification du processus de mondialisation de l'économie, sous l'impulsion des théories libres échangistes (GATT puis OMC, FMI, Banque mondiale, Commission Européenne).
On
assiste à une accélération de ce phénomène à partir des années 1980 et
1990 avec la montée en puissance des nouvelles techniques de
communication (Internet) qui permet une généralisation de la diffusion d'idées, des technologies et des services.
Il y a également une montée en puissance des acteurs étatiques
internationaux ou privées (multinationales) mais aussi non
gouvernementaux (associations et collectifs, etc.). La circulation des
biens, des services et des capitaux se généralisent avec la disparition
progressive du contrôle étatique aux frontières et avec la baisse des
droits de douane. Les économies nationales sont ainsi de plus en plus
imbriquées les unes aux autres.
• On
mesure cette dépendance par des ratios comme le taux d'ouverture (la
somme des exportations et importations est divisée par deux par rapport
au PIB), le taux de couverture
(exportations/importations en %) ou la balance des transactions
courantes (qui retrace le solde entre les exportations et les
importations de biens et services). On peut retenir aussi l'effort à
l'exportation (exportations ramenées au PIB) ou le taux de pénétration (importations ramenées au marché intérieur).
La
production et les échanges sont donc pensés à l'échelon global, avec un
souci de compétitivité et de gains de parts de marché, qui met en
concurrence les territoires et les entreprises. Les contraintes de la mondialisation
sont de plus en plus vives sur des secteurs d'industrialisation
ancienne des pays développés (textile, sidérurgie, chantiers navals,
automobile, électroménager, jouets, etc.), mais aussi nouveaux
(électronique grand public, services, ingénierie, etc.).
• La croissance de l'économie reste forte et tirée par la vigueur du commerce international. Le produit intérieur brut (PIB)
mondial, en valeur et en dollars courants, a été multiplié par près
de 30 et le commerce international par près de 60 depuis 50 ans.
L'Europe s'est imposée comme un acteur de premier plan grâce à son
processus d'intégration, initié à la fin des années 1960, comptant dans
ses rangs le premier exportateur mondial avec l'Allemagne.
• Les trois dernières décennies ont été marquées par un bouleversement majeur : la montée en puissance des pays asiatiques
avec le Japon d'abord puis les pays du sud-est de la zone (les Dragons
comme Taïwan, Hongkong, Singapour et la Corée du Sud), et enfin
aujourd'hui la Chine, devenant le troisième exportateur mondial en 2004
et l'Inde.
La progression de ces pays semble loin d'être achevée même
si le positionnement des pays d'industrialisation ancienne reste encore
fort dans le domaine des produits manufacturés. Le volume des produits
manufacturés a connu la progression la plus remarquable depuis les
années 1960. Ces produits représentent aujourd'hui près des 2/3 de
l'ensemble du commerce mondial, alors que la part des produits agricoles
décline régulièrement avec moins de 10 % du commerce actuel. La hausse
du revenu mondial se dirige alors plus massivement vers la consommation
de biens industriels et moins vers les biens primaires (loi d'Engel au
niveau international).
Les pays en développement qui ont réussi leur
essor économique sont ceux qui se sont insérés dans le commerce des
produits industriels alors que ceux qui sont restés bloqués dans
l'ancienne DIT produits agricoles, minerais) se marginalisent progressivement.
• Enfin la part des services
représente aujourd'hui 20 % de l'ensemble des flux du commerce mondial,
en augmentation régulière depuis vingt ans. Les pays du Nord jouent un
rôle prépondérant, puisque les 5 pays les plus industrialisés
(États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France et Japon) représentent les
2/5 des exportations mondiales de services.
Zoom
Source : OMC.Part des combustibles et des autres produits miniers dans les exportations mondiales de marchandises, 1970-2005
|
|
Zoom
Source : OMC.Part des produits agricoles dans les exportations mondiales de marchandises, 1950-2005
|
|
Zoom
Source : OMC.Part dans le commerce mondial des marchandises et des services commerciaux, par région, 2005
|
|
•
Cette généralisation des échanges a favorisé un rapprochement des
niveaux de rémunération entre les salariés de continents économiques
proches, comme l'Europe et les États-Unis.
Les échanges augmentent
plus vite que la croissance accélérant ainsi le rythme de la création de
richesses et la distribution du revenu.
Par ailleurs, les
consommateurs accèdent à des produits moins onéreux, ce qui libère du
pouvoir d'achat dans l'économie et génère un déversement de consommation
et d'emplois vers le secteur créateur d'emplois que constituent les
services.
Pour les pays riches, l'ouverture favorise aussi la mise en
relation de pays similaires dans le cadre de l'échange intrabranche, ce
qui accroît l'étendue des marchés. Cela permet alors, par un effet
d'apprentissage et d'économies d'échelle, une baisse des prix et une
hausse des ventes. Il y a un amortissement plus rapide des coûts et une
incitation nouvelle à l'innovation, source de compétitivité hors prix.
•
Le libre-échange favorise également l'essor économique et le
développement des pays non insérés initialement dans la révolution
industrielle. Ces nouveaux pays industrialisés (NPI), particulièrement en Asie, accèdent à la demande solvable internationale en mettant en avant leur dotation factorielle avantageuse en travail peu qualifié et peu rémunéré.
Par
la suite, pour les plus anciens, ceux-ci peuvent progressivement se
doter de production plus capitalistique et incorporant plus de
technologie, d'où une remontée de filière générant plus de valeur
ajoutée locale.
La libre circulation des capitaux
•
La libre circulation des capitaux figurait déjà parmi les libertés
fondamentales consacrées par le traité instituant la Communauté
économique européenne (traité de Rome, 1957) au même titre que la libre
circulation des personnes et des services.
Ces dispositions ont été
profondément modifiées par le traité sur l'Union européenne, signé à
Maastricht le 7 février 1992 et entré en vigueur le 1er
novembre 1993, qui établit un nouveau régime en matière de libre
circulation des capitaux et des paiements. La première de ces phases a
commencé le 1er juillet 1990, avec la liberté de circulation des capitaux en Europe.
La libre circulation des capitaux implique la totale latitude laissée à
leurs détenteurs de les placer ou de les investir dans les pays de leur
choix.
• Libre circulation des capitaux
et libre-échange intégral sont les deux aspects indissociables du
processus de marchandisation qui affecte progressivement toutes les
activités humaines.
Cette libéralisation a été présentée comme un
progrès selon le point de vue libéral puisqu'elle permettrait une
allocation optimale des ressources. Autrement dit, elle favoriserait la
prise de décision rationnelle des agents économiques qui investiraient
leurs capitaux dans des zones de production, permettant ainsi de créer
plus de richesses et à moindre coût, ce qui a pour effet de dynamiser la
croissance mondiale.
De même, en laissant circuler librement les
capitaux, l'épargne devrait se diriger vers des zones où il existe des
besoins de financement, ce qui serait de nature à favoriser une détente
sur les taux d'intérêt, en limitant le financement monétaire (sur
création monétaire) de nature inflationniste. Cet assainissement du
financement de l'économie devrait permettre de développer une croissance
plus durable.
• On a ainsi assisté depuis la fin des années 1970 à une explosion de la finance internationale
sous l'impulsion des pays anglo-saxons et des institutions
internationales mais aussi des choix politiques notamment européens. Ce
mouvement est lié à un recul du rôle des État-nations
dans le pilotage de l'économie et à une organisation de la production
au niveau mondial, régulée de plus en plus par les entreprises
multinationales.
• Les statistiques
permettant de mesurer ces flux sont très imparfaites et il y a un
décalage croissant entre le montant des actifs internationaux (les
sommes consacrées à l'achat de titres publics ou privés ou les prêts
octroyés) et le montant des passifs (le montant des prêts reçus, des
actions achetées, etc.). Cet écart représente aujourd'hui 5 à 7 % du PIB mondial.
Les
premiers bénéficiaires de cette mondialisation sont donc ceux qui
cherchent à dissimuler leurs capitaux, d'autant que les statistiques ne
tiennent pas compte des centres financiers offshore
(des paradis fiscaux dont la politique est d'avoir un très faible
contrôle public sur le niveau et sur l'origine des transactions). Le
fonctionnement de la finance international montre aujourd'hui que
l'économie américaine et les grands acteurs financiers privés
(multinationales, fonds de pensions, assurances, banques) restent les
grands bénéficiaires du système.
• Les marchés servent d'abord à
financer les institutions financières :
60 % des 21 000 milliards de dollars de prêts internationaux consentis
par les banques l'ont été à d'autres banques et les 3/4 des 15 000
milliards de dollars d'obligations internationales en cours ont été émis
par des établissements financiers.
Enfin les grands
acteurs privés (entreprises financières et non financières) représentent les 3/4 du stock d'emprunts obligataires.
La libéralisation de la finance depuis 20 ans s'appuie :
- sur une déréglementation qui favorise les procédures de marché ;
- sur
une désintermédiation qui réduit le rôle des banques commerciales dans
le financement de l'économie par le crédit et la création monétaire ;
- sur un décloisonnement qui ouvre les marchés à tous les agents économiques, sans entrave réglementaire.
La
libéralisation favorise le financement direct, non monétaire (sans
création monétaire) qui privilégie l'épargne préalable des agents à
capacité de financement, ce qui renforce une logique de financement non
inflationniste. Cela contribue à renforcer le rôle de l'émission de
titres publics (bons du Trésor ou obligations d'État) ou privés (actions
et obligations, certificats de dépôt et billets de trésorerie) sur les
marchés monétaires et financiers ; on parle alors de titrisation de
l'économie. Ces transformations illustrent la domination de la pensée
libérale contemporaine.
• Le surplus
d'épargne de l'économie mondiale (aujourd'hui détenu à 30 % par le Japon
et la Chine et près du même montant pour les pays exportateurs de
pétrole) des pays en capacité de financement (épargne supérieure à
l'investissement) est très largement aspiré par les États-Unis qui en
prélève les 2/3. Cela leur permet de financer leur déficit courant et
budgétaire par une entrée nette de capitaux.
•
Les pays du Sud sont aujourd'hui exportateurs nets de capitaux. Ainsi
les pays dits émergents (il s'agit des pays en développement qui
connaissent une croissance économique très rapide, insérés dans le
commerce mondial par une forte promotion de leurs exportations,
bénéficiant de forts investissements directs étrangers et ayant accès
aux marchés internationaux de capitaux) ont des excédents extérieurs
croissants depuis le début des années 2000, avec un volume d'exportation
exponentiel (exemple évident de la Chine).
Leurs réserves de change
représentent 3 000 milliards de dollars fin 2005 (soit 5 fois plus qu'au
milieu des années 1990). Ils placent ces excédents dans les bons du
Trésor américain (pour financer notamment le déficit issu de la guerre
en Irak). Mais ils commencent aussi à racheter des entreprises du Nord
(exemple de l'achat d'IBM par le Chinois Lenovo, d'Arcelor par l'Indien Mittal Steel, etc.).
Zoom
* Pays représentant moins de 2,8 % des exportations de capitaux.
Source : FMI.Principaux pays exportateurs de capitaux en 2005, en % du total
|
|
Zoom
* Pays représentant individuellement moins de 1,9 % des importations de capitaux.
Source : FMI.Principaux pays importateurs de capitaux en 2005, en % du total
|
|
• Le dollar
reste dominant dans le système monétaire international. Ni l'éclatement
du système de Bretton Woods, ni les phases de dépréciation du billet
vert n'ont entamé cette suprématie. Il reste dominant dans les
transactions économiques et dans les transactions quotidiennes de
change.
En revanche, l'utilisation de l'euro est plus forte
aujourd'hui en ce qui concerne les prêts aux banques ou sur le marché
obligataire (toutefois, la moitié de ces opérations est réalisée par les
Britanniques, les Suédois ou les Danois qui n'ont pas adopté l'euro, ce
qui nuance cette analyse). Le dollar reste bien la monnaie de référence au niveau mondial.
Londres reste pour le moment la première place financière mondiale pour
les transactions de change et la répartition des actifs financiers
internationaux.
Zoom
Source : FMI.Poids des différentes devises dans les réserves de change mondiales, en %
|
|
• La mondialisation financière passe aussi par une
explosion des IDE
(investissements directs à l'étranger). Développés par les firmes
multinationales, ils proviennent essentiellement des pays du Nord (92 %
de l'ensemble du financement des
IDE dans le monde). L'Union européenne représente les 3/4 (78 %) de ces
IDE et l'Amérique du Nord 17 %. Le poids des
PED est de 7,5 % dont les 4/5 proviennent de l'Asie.
En outre la part des
IDE
qui entrent dans les pays développés est de 73 % (dont 66 % vers
l'Union européenne et 30 % vers l'Amérique du Nord). Les flux d'
IDE
suivent donc majoritairement un trajet nord-nord. La part des pays du
Sud est de 16 %, dont 56 % pour l'Asie ; le poids de la Chine et de
l'Inde est croissant aujourd'hui.
Les
IDE suivent deux modalités :
- d'une part, les fusions-acquisitions, c'est-à-dire l'association ou le rachat d'entreprises déjà existantes ;
- d'autre
part, les délocalisations c'est-à-dire la création d'entreprises à
l'étranger, la délocalisation étant définie comme le transfert
d'activités nationales à l'étranger, avec pour conséquence la
destruction à court terme de l'emploi national.
Ce phénomène reste donc essentiellement le fait des
FMN des pays riches.
La répartition géographique et les inégalités mondiales
• Le commerce reste essentiellement dominé par les pays du Nord. Depuis 1945, le commerce international a augmenté plus vite que la croissance mondiale.
Tous
les pays n'ont pas pris part de la même manière à cette dynamique, et
seuls les pays en développement asiatiques ont réussi à concilier
l'ouverture économique par la promotion d'exportations de produits
manufacturés, qui constituent le cœur de la mondialisation du commerce.
• L'Asie est le continent qui profite le plus de cette mondialisation depuis 15 ans.
Cet
essor a permis un développement des pays concernés, mais il existe
aussi des rapports de force entre pays et groupes sociaux, comme
l'illustrent les négociations de Doha, entamées en 2001 dans le cadre de
l'OMC.
L'entrée en force de la
Chine dans le secteur industriel, de l'Inde dans les services et du
Brésil dans les produits agricoles menacent la suprématie du Nord,
l'emploi et des secteurs jusque-là protégés. Les négociations sont donc
bloquées et les accords bilatéraux se multiplient.
• Le commerce mondial oppose donc les trois blocs de la Triade (Europe, Amérique du Nord, Asie) avec une part importante de commerce intrazone
(à l'intérieur de la zone), puisqu'à lui seul le commerce intraeuropéen
représente le tiers du commerce mondial ou près de 14 % pour le
commerce intrazone en Asie. En revanche, les flux partant de l'Asie vers
l'Amérique du Nord et l'Europe dominent désormais le commerce mondial.
La période actuelle favorise aussi l'enrichissement des pays
exportateurs de matières premières mais l'étude des effets sur le long
terme montre que ce type de développement est incertain et dégage peu de
valeur ajoutée locale.
• On mesure la
possibilité pour un pays de s'enrichir dans l'échange avec les termes de
l'échange (le rapport entre le prix unitaire des exportations et le
prix unitaire des importations en pourcentage).
Ainsi, un pays qui
voit le prix de ses exportations progresser plus vite que les prix de
ses importations voit les termes de l'échange s'améliorer : en effet, il
peut importer plus de biens avec la même quantité de biens exportés.
La
détérioration des termes de l'échange décrit le phénomène contraire.
Pour les pays d'Afrique dans les années 1980-1990, les termes de
l'échange se sont déterioriés ; ils s'améliorent de nouveau depuis
cinq ans. La détérioration peut aussi être compensée par une
augmentation du volume des exportations, mais l'échange peut alors
s'avérer appauvrissant.
Zoom
Source : CNUCED.Termes de l'échange et pouvoir d'achat des exportations, base 100 = 1980
|
|